Le savoir est une arme.
Cette vidéo est un documentaire tourné en Indonésie. Chi est un prénom vietnamien féminin signifiant « volonté ».
Un médecin, adepte du taoïsme et spécialiste des maladies des yeux, démontre sa capacité à produire une sorte d’électricité dans son corps grâce à l’énergie Chi avant de la transférer à ses
patients à travers des aiguilles d acuponcture. Fascinant.
Tout au long de son histoire la pensée chinoise désigne le qì comme un souffle vital, à la circulation alternée Yin-Yang, inspiration/expiration. L'idée s'inspire de l'image de la brume qui serpente entre les objets de la nature, de la vapeur qui sort des bouches ou émane de la chaleur des marmites, des nuages qui se forment et se défont. Ce souffle anime et accompagne la naissance, l'existence et la mort dans un cycle permanent de renouvellement. La philosophie taoïste et la médecine traditionnelle chinoise en font une sorte d'essence immatérielle, invisible et inodore, qui anime et réchauffe les corps selon un mode de circulation précis. Le fœtus reçoit des deux parents le souffle primordial (yuanqi 元气), de sa vie fœtale le souffle prénatal (jīng 精), à partir desquels va s'élaborer son qi grâce à l'activité du dantian situé au bas-ventre. Durant l'existence, le qì s'élabore également à partir de la digestion et de la respiration, pour alimenter la conscience, la pensée et la spiritualité sous forme de qì spirituel (shén 神). Dans la médecine traditionnelle, l'état pathologique est engendré par une mauvaise circulation du qì, ou par la circulation d'un qì nocif. Elle désigne alors un qì favorable à la bonne santé, et un qì vicié qui apporte la maladie.
Le qì est aussi un principe fondamental et unique, qui donne à l'univers et aux êtres leur forme, tout en les transformant sans cesse. Il circule indifféremment dans les choses et les êtres, les reliant en permanence. Dans la cosmologie chinoise le qì pré-existe à l'émergence du yin et du yang, deux aspects de ce souffle qui vont en se combinant permettre la formation des dix-milles êtres (wànwù 万物), c'est-à-dire des êtres et des objets de l'univers.
Au premier moment du cosmos existe une forme indifférenciée nommée wújí (無極), durant lequel le qi originel (yuánqì 元气) est encore unaire. Puis cette forme se polarise, elle se divise en un pôle yin et un pôle yang pour fonder ce qui est nommé Tàijí (太极), littéralement la « poutre faîtière suprême » du cosmos, clef de voûte de la structure de l'univers. À partir du tàijí, les combinaisons yin-yang vont varier quasiment à l'infini pour engendrer le monde, dans un mouvement continu que la pensée chinoise a traduit dans le Classique des Mutations, Yi Jing (易經), et ses 64 hexagrammes. Le yin est lui même composé d'une part de yin et de yang, idem pour le yang, et ainsi de suite. Par ces deux composantes le qi s'exprime ainsi de différentes manières, alternativement par du froid, de la chaleur, de l'ombre, de la lumière, du calme (lac), de l'activité (vagues, vent), un matériau plus ou moins compact (terre, bois ou pierre). La cosmologie chinoise désigne également cinq mouvements fondamentaux du qì, wǔxíng (五行), littéralement « cinq phases » maladroitement traduit par « cinq éléments » : bois, feu, terre, métal, eau. Ces cinq agents sont des modes de fonctionnement du souffle qui se succèdent indéfiniment selon un cycle. Ils deviennent sous Qin Shi Huang un cycle de domination (kè 克) devant inspirer le type de dynastie à conduire au terme d'une précédente, ou les rites à célébrer selon les saisons, puis un cycle d'engendrement (shèng 勝) sous la Dynastie Han6. Ces cycles décrivent l'effet de la croissance du yang, laissant la place à celle du yin, et ainsi de suite, la phase terre étant la période de transition. L'ensemble peut figurer un schéma spatio-temporel dynamique inspiré de la course du soleil dans la voûte céleste, avec l'alternance des saisons et les points cardinaux, tous liés à l'activité alternative yin-yang.
Ce principe, qui n'est jamais pensé comme une divinité7, inscrit l'être humain dans les mêmes lois naturelles que celles de l'univers. Les nervures du jade, par exemple, sont considérées comme étant organisées avec la même influence du qì que pour les veines du corps humain. L'être humain est alors pensé comme un cosmos en miniature.
Dans la philosophie taoïste, et particulièrement dans sa forme religieuse, le qi est perçu comme participant à l'évolution spirituelle d'un être. C'est en raffinant le souffle par des opérations « d'alchimie corporelle » que le pratiquant espère progresser dans son développement spirituel, et atteindre un état mental censé rejoindre le fonctionnement fondamental du cosmos. Le taoïsme et le néoconfucianisme (qui prône la conformité de l’ordre social) parlent alors de retour au wuji, avec pour objectif idéal l'existence éternelle. La pratique emprunte à l'alchimie son vocabulaire, faisant du champ de cinabre inférieur, ou dantian inférieur, l'endroit où s'entretient et se fabrique le qi en tant que substance vitale. Le second champ d'élixir, situé au niveau du cœur-sternum, transforme le qi en shén, qui est un souffle plus subtil propre à la pensée. Enfin la tête contient le troisième dantian où le shén se transforme en un souffle propre à la spiritualité, celui qui devrait placer le pratiquant dans un état d'unité avec le cosmos, c'est-à-dire propre à agir selon les lois intrinsèques d'équilibre de l'univers que le taoïsme nomme la Voie, ou Tao (道), également état originel du cosmos.
Dans la philosophie confucianiste le qì est associé au lǐ 理8, principe structurant des êtres et des choses. La bonne morale et les règles sociales doivent suivre les lois naturelles qui régissent l'univers, et ces lois émanent du principe lǐ. Toutefois le qi garde sa nature fondamentale, de sorte que la morale reste directement reliée à la corporalité. Corps et esprit sont intimement liés, on travaille son qi pour travailler sa morale.
S'agissant de l'âme, dans la spiritualité indienne le prāṇa semble être un équivalent du qì, que le français nommerait alors âme (même origine indoeuropéenne que prana). Mais l'âme possède aujourd'hui plusieurs sens qui ne coïncident plus avec la notion de qì.
La nature sauvage nous semble harmonieuse parce que le qi s'y manifeste d'une façon harmonieuse, selon la loi du Tao. Le tao est le principe par lequel le qi parvient à une équilibration, c'est-à-dire un état d'équilibre entre yin et yang sans cesse changeant en fonction des mutations en cours. L'eau qui s'écoule dans un ruisseau et change de forme au gré des obstacles traduit cette harmonie, cet état d'équilibration. C'est cet état naturel d'harmonie qui est recherché dans les activités humaines de la pensée chinoise. Une toile de maître sera ainsi harmonieuse parce que le qi y « coule » de façon harmonieuse, donnant des tonalités, couleurs et contrastes équilibrés (pour l'œil). Un pratiquant d'arts martiaux exécutera son enchaînement de manière harmonieuse parce que le qi s'y exprimera comme s'il évoluait dans la nature ; la gestuelle est fluide et les mouvements s'enchaînent avec une impression de facilité comme s'ils étaient naturels.
D'une manière générale, l'harmonie traduit ainsi la bonne circulation du qi, que ce soit dans l'aménagement intérieur d'une habitation (fēng shuǐ 風水), dans la calligraphie ou même la composition d'un plat gastronomique. Elle manifeste l'équilibre entre yin et yang nommé « juste milieu », zhong (中) que l'on retrouve dans le caractère désignant la Chine 中國 (zhongguo|Zhōngguó) « l'empire au milieu des autres » et aussi « l'empire qui recherche l'équilibre ».
Si la notion qì pose des problèmes de traduction9, d'autant que la signification a changé au fil des époques, on peut se référer directement aux caractères chinois qui ont servi à l'évoquer, notamment à partir du dictionnaire Shuowen Jiezi élaboré par Xǔ Shèn au IIe siècle. L'origine du mot reste trouble, les pictogrammes pouvant avoir la même signification que celle d'aujourd'hui sont difficiles à identifier.
Les premières traces archéologiques évoquant le qì montrent, gravée sur une carapace de tortue, une graphie à trois barres horizontales. De type d'écriture jiǎgǔwén (甲骨文), époque des Zhou occidentaux, elle évoque la vapeur ou la brume10. Cette même graphie se retrouve sur une tasse de thé en bronze, la qihe hú (壶), datant de la même période mais « fondue » en graphie de type jīnwén (金文)11. L'idée de qi apparaît également sur un bijou de jade datant de la période des Royaumes combattants (-403 à -256), le xingqi ming (texte des mouvements) exposé au musée de Tianjin, sous la forme du sinogramme 炁. Il se compose de 既 (皀 + 旡, bol de riz + agenouillé) sur le radical 灬, qui se rapporte au feu (huǒ 火). Dans le système d'écriture lishu, sous la Dynastie Han (-206 à 220), le qì est exprimé par un sinogramme combinant la vapeur 气 sur le feu 火. C'est seulement sous la Dynastie Song (960 - 1279) que le qì est représenté par le sinogramme 氣 qui évoque la vapeur émanée de la cuisson du riz ; c'est-à-dire au moment où la médecine chinoise a besoin de transcrire une substance issue de la nourriture et de la respiration. Graphié en style songti ou zhengkai, ce sera l'idéogramme encore utilisé de nos jours.
Le sinogramme traditionnel 氣, qui désigne le qì, illustre le caractère à la fois matériel et immatériel de la notion. Le sinogramme a pour clé le pictogramme 气 (qì). Utilisé comme clef pour les gaz12, il représente un nuage convectif et signifie l'air. La partie inférieure gauche du sinogramme est le pictogramme 米 (mǐ), qui représente des grains de riz et signifie riz13. Le caractère complet 氣 exprime ainsi l'idée du riz qui explose. S'il représentait autrefois le riz pour les invités, il symbolise aujourd'hui le souffle vital, puis également l'esprit et la morale14. Il est aussi à associer au prana15 de la médecine ayurvédique dont les concepts demeurent très proches de ceux de la médecine chinoise, et qui possède la même origine étymologique indo-européenne (*ane-, « souffle vital ») que le mot âme en français16.
Le sinogramme décrit donc le qì comme étant à la fois aussi immatériel et éthéré que la vapeur et aussi dense et matériel que la céréale. Il signifie également que le qì est une substance subtile (vapeur) dérivée d'une substance grossière (céréale)17.
Si, comme vu précédemment, le mot âme a des origines étymologiques communes avec le prana, la philosophie chinoise désigne plus précisément par shén (神) la notion d'âme18. Le notion qì, désignant alors l'idée d'énergie vitale, manque d'un équivalent précis en Occident aujourd'hui. Si aucun terme ne parvient à retranscrire véritablement la nature du qì, de nombreuses traductions restent possibles : « souffle vital », « énergie », « force vitale », etc.
La médecine traditionnelle chinoise établit l'existence de trois zones de concentration du qì, réparties dans le corps le long du méridien Ren. Elle les nomme dāntián 丹田, champ d'élixir. Dans le langage commun ce terme désigne la zone localisée au ventre, appelée plus précisément xiàdāntián 下丹田, champ d'élixir inférieur.
Autrement nommé qìhǎi 气海, mer de qì, il est celui dont on parle le plus parce qu'il fabrique du qì. C'est le fameux hara (nombril) ou seika tanden japonais, ou hypogastre français. Le taoïsme et la médecine traditionnelle chinoise en font le lieu de transformation de l'essence jīng en qì. Jīng 精 désigne à la fois le souffle qu'on reçoit des parents, et celui qui découle de la digestion. Sa position se repère à deux largeurs de doigt (environ 3 cm) sous le nombril et s'enfonce de 4 doigts à l'intérieur de l'abdomen.
Autrement nommé tánzhong 檀中, ce centre transforme le qì en énergie spirituelle (shén 神) qui anime la vie mentale et la conscience. Sa position se repère au niveau du sternum sur une ligne horizontale située entre les tétons.
Autrement nommé yintáng 印堂, il transforme shén l'esprit en une sorte d'état spirituel libre conduisant à ce que les philosophies taoïstes et confucianistes nomment le retour au wuji 無極 ou 无极. Il est situé entre les deux sourcils, à 3 cun 寸 à l'intérieur du corps, soit environ 4 doigts.
Le point abdominal est un symbole fort dans cette croyance. On peut remarquer que :
La coïncidence de ces phénomènes explique l'importance qu'ont pu accorder certaines cultures à ce point précis du corps. La manifestation la plus dramatique de l'importance de ce point est sans doute le seppuku (suicide rituel japonais parfois appelé à tort hara kiri), qui consiste à s'ouvrir le ventre avec un tantō (couteau-sabre).
La circulation du qi dans le corps a été découverte par empirisme au fil de siècles de pratique en Chine. L'existence même du qi et sa circulation n'ont pas encore trouvé de validation expérimentale en termes scientifiques. La circulation du qi reste donc pour l'instant l'interprétation d'une expérience sensitive, que la médecine traditionnelle chinoise lie à l'activité cérébrale, la pensée. Les éventuels effets sont mesurés par observation d'autres paramètres comme le rythme cardiaque, la pression sanguine, les changements de température, la sudation, le tonus musculaire, la douleur, etc. De prudentes recherches cliniques sont par exemple menées en Chine, à l'Institut de médecine traditionnelle de Chongqing ou à l'Institut de physique et des hautes énergies de Pékin. La médecine chinoise distingue deux formes de qi, le souffle intègre (zhèngqì 正氣) garant d'une bonne santé et le souffle vicié (xiéqì 邪氣) générateur de maladies19. Le qi circule soit en phase yang, soit en phase yin dans des canaux spécifiques.
C'est d'après ces schémas de circulation que furent définis des exercices statiques (par la pensée) et dynamiques (par le mouvement) de développement et d'entretien du qi, à dessein de préserver une santé autant physique que morale. Les mouvements du tai chi chuan 太极拳 et du hsing i chuan 形意拳 par exemple respectent ces principes de circulation. En alliant respiration et mouvements, ces arts martiaux internes chinois stimulent le qi dans les méridiens en plus d'offrir un système martial efficace.
Le qi engendre différentes sensations lorsqu'il circule dans le corps, sous forme de chaleur ou de picotement. C'est en concentrant leur attention sur ces sensations que, par empirisme, les médecins traditionnels chinois ont pu établir au fil des siècles un réseau de circulation parcourant le corps. Ce réseau est définit par des méridiens principaux et secondaires, autrement appelés vaisseaux, et par des points. La sensation est éprouvée soit par sensibilité naturelle, soit après des exercices de qigong. C'est ainsi que la médecine traditionnelle chinoise insiste sur le fait que la circulation du qi interne est corrélée d'une certaine manière à l'activité de la pensée. La topographie de ces canaux et points n'a pas varié au fil des époques et des expériences, de sorte que le schéma proposé par le médecin Li Shizhen de la dynastie Ming (1368 - 1644), dans son livre « Exploration des huit canaux extraordinaires », reste valable dans un livre contemporain d'acupuncture20. Ont ainsi été établis 12 méridiens dits ordinaires, et 8 méridiens dits extraordinaires ou curieux. Ces méridiens relient en tout 361 points d'acupuncture, auxquels s'ajoutent 48 points hors méridiens fixés et adoptés en 1987 lors du colloque de Séoul21.
La sensation la plus classique se manifeste sur deux méridiens principaux, qui sont le vaisseau conception (Ren Mai 任脉), qui descend du dessous des yeux à l'entre-jambe par la face avant du corps, et le vaisseau gouverneur (Du Mai 督脉) qui remonte de l'entre-jambe vers le sommet du crâne par le dos, pour finir entre le nez et la bouche (philtrum). Le ren mai alimente tous les méridiens dits yin, le du mai tous les méridiens yang. Chaque partie du corps possède son méridien yin et son méridien yang. Chez les personnes entraînées, les sensations se manifestent sur les douze méridiens (zheng jing 正经) des pieds et des mains — trois méridiens par côté et par face — selon le sens suivant : sur un corps bras levés, les trois méridiens yin montent du pied, sur la face avant de la jambe, puis l'abdomen, en passant par les aisselles et les paumes pour aboutir aux trois doigts auriculaire, majeur et pouce ; les trois méridiens yang descendent des trois doigts index, annulaire et auriculaire par le dos de la main, l'épaule, remontent vers la tête par la nuque et redescendent dans le long du dos vers l'arrière des jambes, les mollets, jusqu'aux pieds. Mais la plupart des exercices classiques visent la circulation du qi dans ce qui est nommé « les huit méridiens extraordinaires » (Qi Jing Ba Mai 奇经八脉) : gouverneur (Du 督), conception (Ren 任), pénétrant (Chong 冲), ceinture (Dai 带), régulateur yin (Yinwei 阴维), régulateur yang (Yangwei 阳维), motilité yin (Yinqiao 阴跷) et motilité yang (Yangqiao 阳跷)22.
Il existe encore d'autres méridiens qui relient également les viscères et d'autres organes, la peau et les muscles. Mais leur schéma change selon les époques et les écoles de médecine, bien qu'il existe désormais un schéma de référence pour l'acupuncture contemporaine.
Selon la tradition chinoise, la circulation interne du qi dans le corps génère un flux constant de qi externe autour du corps, d'après un schéma établi par empirisme et qui n'a pas connu de modifications au cours des époques. Pour correspondre à une vision plus contemporaine, cette activité a été nommée « champ de qi » à l'image du champ magnétique. Mais la comparaison reste strictement métaphorique et ne doit pas laisser penser que le qi engendre un champ magnétique. Le schéma décrit un flux linéaire qui file le long du corps, et un flux circulaire qui s'enroule comme un solénoïde autour des membres et du corps. Le champ linéaire parcourt la face extérieure droite du corps de haut en bas, sort par le pied (et la main), puis remonte en décrivant un arc de cercle pour rejoindre le haut de la tête avant de redescendre le long du corps. La face gauche du corps est parcourue par un champ similaire en sens opposé. Le champ circulaire entoure chaque membre, le tronc et la tête en spirale.
Les trois portes ou passages difficiles, sanguān 三关, sont appelées ainsi parce qu'elles se réfèrent à des zones où le passage du qì est difficile. Situées le long du méridien du, on trouve la passage weiluguān 尾闾关 au niveau du coccyx, le passage jiajiguān 夹脊关 autour du point mingmen 命門 (porte de la vie) au niveau de la seconde lombaire, et le passage yuzhenguān 玉枕关 (coussin de jade) au niveau de l'occiput. Raideurs, douleurs et congestions à ces endroits témoignent, selon la médecine chinoise, d'un passage difficile du qi. Des massages, l'acupuncture ou des techniques de contractions/respirations sont alors utilisés pour fluidifier la circulation.
À chaque porte sa fonction. Quand le qì circule par la porte du coccyx, autrement nommée porte de la moelle (suikong 髓孔), il stimule la moelle et le système immunitaire. Un autre nom, changqiang 长强, en fait aussi un générateur de vitalité. Lorsqu'il circule par la porte de la vie, il est censé stimuler le fonctionnement des reins. Et quand enfin il passe par la porte du coussin de jade, aussi appelée porte des fonctions du cerveau (naohu 脑户), il stimule le fonctionnement cérébrale23.
La médecine chinoise se base en grande partie sur la notion du qi. Dans cette médecine, on y distingue les liquides organiques, le sang et le qi, qui est lui-même subdivisé en plusieurs types. La notion de qi est à l'origine de techniques comme l'acupuncture et les massages qui consistent à stimuler les points de rencontre des méridiens. Elle inspire des théories chinoises de l'équilibre alimentaire et des exercices tels que ceux pratiqués dans les arts martiaux dits « internes », le taiji quan ou le hsing i, ainsi que la gymnastique basée sur la respiration, le qi gong. Leur but est de maintenir l'équilibre et le dynamisme du qi dans le corps, voire de le manipuler. De même au Japon, le but du shiatsu (massages) et des exercices physiques (dont les exercices respiratoires) est de stimuler le ki.
La maîtrise du qi fait aussi partie de l'enseignement avancé des bouddhistes et des taoïstes à travers la méditation et divers exercices, ce qui met l'accent sur l'aspect du qi lié à l'activité mentale.
Le qi est aussi présent dans la calligraphie et la peinture, comme la peinture chinoise de type xieyi (xiě yì huà 写意画 ). L'impression d'harmonie qui se dégage des mouvements du pinceau révèle une bonne circulation du qi, à la fois chez l'artiste et dans l'imprégnation des pigments dans le support.
Les arts martiaux chinois (wushu) 武術 et japonais (budo) font énormément référence à cette notion, respectivement le qi ou le ki. Ceux d'origine vietnamienne, coréenne ou indienne utilisent également cette notion dans leur pratique.
Tous les arts martiaux chinois utilisent la notion de qi, à ceci près que certains mettront l'accent sur la maîtrise de la circulation et la manipulation du souffle plutôt que sur l'exercice musculaire. On distingue ainsi les arts martiaux internes, nèijiā quán 内家拳, des arts martiaux externes, wàijiā quán 外家拳24. Les applications du taiji quan manipulent le qi en tant que ressource qui servira à renvoyer une force vers l'adversaire après avoir détourné la sienne. Le dāntián est fondamental ; « faire descendre le souffle », une technique de respiration avec le ventre imitant celle des nourrissons, permet d'ancrer les postures et d'améliorer la circulation du qi, autrement appelé « énergie ». Lors d'entraînements de taiji quan, que ce soit l'exercice de la poussée des mains tuī shǒu 推手 ou le combat libre sǎnshǒu 散手, l'attention portée à ces fondamentaux permet de travailler mieux (en respirant par le ventre le souffle peut être plus profond), plus longtemps, plus efficacement en plus de rendre les mouvements aussi fluides que possible. Dans la croyance du qi, la mise en circulation de l'énergie dans les méridiens générée par les enchaînements du taiji quan est identique à ce que produit l'acupuncture.
Le kung fu 功夫 shaolin (plus exactement shàolín wǔshù 少林武術) s'appuie pour certaines techniques sur le ciblage de points précis du corps, spécialement sensibles, afin de rendre les attaques plus efficaces.
Lors des guerres, les médecins stimulaient la circulation du qi pour prolonger la période pendant laquelle les prisonniers de guerre pouvaient être torturés si l'on désirait obtenir des informations sur l'ennemi.
Pour désigner le ki, on utilise parfois l'expression « souffle-énergie » (kokyu-ryokyu).
Dans les arts martiaux japonais, lorsqu'un coup est porté (atemi en japonais), c'est le ki du frappeur qui est transmis à l'adversaire et provoque la blessure ; à ce titre, l'important est plus de frapper un point vital (rencontre de méridiens) que de mettre de la puissance physique. Le cri, kiaï (parfois vu à tort comme le « cri qui tue » des karatékas), est une autre manière d'extérioriser le ki. Lors des exercices de casse (de briques, tuiles, planches, pierres, blocs de béton…), le ki est concentré à l'extrémité du poing et provoque la rupture. La concentration du ki dans le seika tanden est un des éléments fondamentaux des budo : les hanches sont la liaison entre le haut du corps (qui manipule les armes) et le bas du corps (la stabilité). D'un point de vue symbolique, le seika tanden réalise la liaison entre « le ciel et la terre » (tenchi), notion que l'on peut traduire par unification entre l'intention (le ciel, la pensée) et l'énergie (la terre) ; on peut par exemple y voir la métaphore d'un arbre qui puise sa nourriture dans la terre pour tendre vers le ciel.
Le ki reliant les êtres, il relie également les deux adversaires (ou partenaires dans le cadre d'une pratique amicale). Ainsi, un des principes de l'aikido est d'unir les énergies des partenaires afin de supprimer l'agression. Au kyudo (tir à l'arc zen), on considère que la flèche est reliée à la cible, qu'elle fait déjà partie de la cible avant même d'être décochée.
La notion de vigilance, le zanshin que l'on retrouve dans tous les arts martiaux japonais (y compris le ninjutsu, l'art des ninjas), s'appuie aussi sur le concept de ki. À travers le ki, on peut « sentir » l'intention de l'ennemi, ce qui permet de riposter plus efficacement, voire d'agir avant que l'adversaire ait pu lui-même agir. On utilise également le terme sen pour désigner cette action simultanée (sensen no sen : attaque anticipant l'action adverse ; go no sen : riposte anticipant l'action ; sen no sen : attaque simultanée).
Les arts martiaux japonais font également appel à la médecine traditionnelle, avec les notions de kappo et katsu, par exemple pour « réanimer » une personne sonnée.
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