Le savoir est une arme.
Les habitants de la région de Kourtchatov, au Kazakhstan, sont frappés depuis plusieurs générations par d’effrayantes malformations : visages déformés, membres atrophiés, cécité précoce...
Le taux de cancer y est 3 fois supérieur à la normale. Pourquoi ? Parce que de 1949 à 1989, les Soviétiques ont fait exploser à Semipalatinsk 456 bombes atomiques dont 116 à ciel ouvert. Quelque 1,6 million de personnes ont été irradiées.
Dans certains villages du Kazakhstan, presque tous les habitants détiennent un passeport d’irradié. C’est le cas de Kaynard, à six heures de route du centre de tir. Un petit bourg de 3000 habitants coincé au pied de hautes montagnes. On y tombe malade, on y meurt et s’y suicide deux fois plus que dans le reste du pays. «C’est simple, dit le docteur Akimbey Shankatayev. Tous ceux qui ont vu le champignon une ou deux fois auront un cancer. Mon hôpital est plein de gens qui tombent malades sans raison et qui meurent.» D’ailleurs le syndrome de Kaynard est bien connu des médecins kazakhs: «C’est quand d’un seul coup plus rien ne marche et que les os se cassent comme du verre»
Les montagnes ont été fatales au village. «Les Soviétiques étudiaient le sens des vents et le nuage radioactif venait toujours au-dessus de Kaynard, jamais au-dessus des baraquements des militaires, se souvient le docteur. Nous, on ne comptait pas à leurs yeux. Ces nuages restaient coincés sur les montagnes pendant plusieurs jours. Les pluies étaient alors chaudes. Nous étions contents d’avoir de la pluie chaude, mais nous ne savions pas qu’elle était radioactive.» Dans les années 1970, quand les maladies inconnues jusqu’alors se multipliaient, les gens ont commencé à se poser des questions «mais on ne pouvait rien dire», souligne Akimbey Shankatayev. «On n’avait même pas le droit de diagnostiquer des cancers. Officiellement les gens ici mourraient du cœur.»
Aujourd’hui le polygone de tir est désert, mais la radioactivité y est encore largement supérieure à la normale. Cela n’empêche pas les autorités de songer à en rendre 95% à l’agriculture dès l’année prochaine, dans la perspective de l’adhésion du pays à l’OMC. Pour Nailya Chaijunusova, de l’Institut médical des radiations (l’ancien laboratoire secret du KGB), c’est tout simplement impensable. «Aucune étude indépendante sur ces terres n’a été faite, dit-elle. Mais nous avons étudié celles des alentours et elles sont saturées de métaux lourds! La chaîne alimentaire de toute la région de Semipalatinsk est touchée car le polygone n’est pas gardé, comme on le demande depuis des années. Les bêtes y paissent et leur lait, fromage et viande, arrivent sur nos marchés. La contamination n’a en fait jamais cessé.»
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