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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 16:13
Source : Bilan.ch



L’auditeur américain Thomas Myers parcourt le monde pour mobiliser une puissante coalition d’investisseurs, seule capable de forcer une réforme éthique à Wall Street. Rencontre.

 

«C’est un crime parfait.» C’est ainsi que Thomas Myers, associé principal du cabinet d’audit national T. A. Myers & Co, décrit le «pillage» du système financier global par les banques de Wall Street. Luttant aujourd’hui pour une «réforme éthique» du système financier, le juricomptable de la prestigieuse firme d’Aspen (Colorado) est l’un des très rares experts en instruments financiers complexes à mettre ses compétences au service d’une telle réforme. Analysant depuis trente ans des transactions ultrasophistiquées de quelque 2000 entités financières américaines, il a représenté depuis 2008 de nombreux clients face à Goldman Sachs, UBS, Merrill Lynch, Citigroup et Bear Stearns dans d’innombrables litiges liés à la crise des subprimes. Il a accédé à des documents hautement confidentiels qui lui ont permis d’acquérir une connaissance parfaite des mécanismes frauduleux incriminés.


Dans une lettre ouverte à Occupy Wall Street, il dénonce l’impunité des banquiers, devenus plus riches et influents que jamais, bien qu’ils aient commis la «plus grande fraude de l’histoire». Et en effet, aucun financier aux Etats-Unis n’a eu à répondre légalement pour le comportement des banques dans la crise des subprimes. Récemment, la justice américaine a renoncé à entamer des poursuites pénales contre Goldman Sachs ou ses employés, accusés d’avoir parié contre les mêmes titres subprimes qu’ils avaient vendus à leurs clients. La justice a estimé qu’il n’y avait «aucune base viable pour lancer des poursuites pénales» contre la banque.

 


 

«C’est une faillite des autorités de surveillance»



Comment expliquer cela? «Pour moi, répond Tom Myers, il est très clair que les régulateurs, les législateurs et les autorités de surveillance sont bien trop proches de Wall Street. La Fed, en particulier, ne réglemente pas Wall Street mais représente les grandes banques, opérant comme un cartel.» Il souligne combien le système juridique américain rend difficile toute démonstration de fraude ou d’intention de fraude. «La présence des lobbyistes est très forte. Ils ont fait échec au retour d’un Glass-Steagall Act qui aurait séparé les activités de banques d’affaires de celles de banques commerciales.»


Si la bulle spéculative précédant la crise a rapporté quelque 200 milliards de profits totaux aux banques de Wall Street sur quatre ans (2003-2007), les amendes qu’elles ont finalement payées représentent moins de 5% de ces profits. L’affaire est d’autant plus lucrative que ces banques sont en outre «entièrement subventionnées par la Fed». L’incitation est donc évidente pour ces firmes à poursuivre ces pratiques. De même, les agences de notation, certains responsables du gouvernement et les politiciens directement impliqués, ainsi que le Trésor, n’ont jamais eu à répondre de leurs manquements. Tom Myers souligne la gravité de l’aléa moral ainsi créé. «C’est une faillite des autorités de surveillance. La SEC (gendarme boursier américain, ndlr) est en sous-effectif, et le Congrès ne lui octroie pas les moyens nécessaires.» La vaste réglementation soutenue par Barack Obama (Dodd-Frank Act), réponse adéquate aux problèmes, s’est trouvée selon lui diluée dans le temps et ne sera jamais appliquée. «La Fed a joué un rôle central dans tout cela.»


Le gouvernement, déplore Tom Myers, «a échoué dans la mise en place d’une responsabilisation qui préviendrait un tel chaos financier à l’avenir». Seul point positif qu’il observe, les procureurs des Etats: «A New York, dans l’Ohio, au Massachusetts, les procureurs sont moins empêtrés dans leurs allégeances politiques.»

 

Un système «très incestueux»



Selon les chiffres officiels, les inégalités se creusent aux Etats-Unis. Le revenu des 0,1% les plus riches, qui travaillent essentiellement dans la finance et qui gagnent en moyenne 5,6 millions de dollars par an, a progressé de 385% entre 1970 et 2008, tandis que le revenu des 90% de la population, qui gagnent 31 000 dollars par année en moyenne, n’a connu aucune progression en trente-huit ans.


Pour l’auditeur américain, la pratique des banquiers d’affaires consistant à parier contre leurs clients est au cœur du problème: «Vendre à découvert les positions des investisseurs a été conçu non pas pour placer de façon sûre votre épargne, mais pour vous séparer de votre épargne.» Ensuite, il souligne que les possibilités de manipulation qu’offrent les dérivés financiers sont délétères. «Chaque crise majeure avait pour origine un type ou l’autre de dérivés, rappelle-t-il: dans le cas d’Enron, on a utilisé des swaps de matières premières pour dissimuler la dette de la société hors de son bilan. Dans le cas des subprimes, Goldman Sachs, UBS, Merrill Lynch, Citigroup et Bear Stearns ont utilisé des Credit Default Swaps (CDS) et des Synthetic Collateralized Debt Obligations (CDO synthétiques) pour shorter les papiers que leurs clients avaient achetés.» De même, Goldman Sachs a vendu des dérivés (Cross Currency Swaps) à la Grèce, et JP Morgan à l’Italie.


Enfin et surtout, Tom Myers décrit le système comme «très incestueux, miné par des conflits d’intérêts massifs et omniprésents». Pendant que les banques vendaient ces dérivés, Mario Draghi travaillait au département du Trésor italien; puis il est devenu responsable de Goldman Sachs Europe, puis président de la Banque centrale européenne. Et au beau milieu de la crise, Henry Paulson était secrétaire au Trésor américain, alors qu’il avait dirigé Goldman Sachs, leader dans le montage des instruments spéculatifs à l’origine de la crise. Tom Myers déplore le fait que Barack Obama ait ensuite recruté Tim Geithner comme secrétaire au Trésor, «un laquais de Wall Street» qui fut impliqué dans le sauvetage d’AIG à la Fed de New York, «opération unilatérale qui a redistribué de l’argent dans les poches du cartel de Wall Street, leur versant 100 cents pour 1 dollar avec l’argent du contribuable».

 

Pour une coalition d’investisseurs

 


Concernant les mérites d’une réélection d’Obama, Tom Myers ne se fait pas d’illusions: «J’aurais voulu qu’Obama reprenne en main plus fermement Wall Street, mais les banques contrôlent une grande part de l’agenda économique. Ben Bernanke est plus puissant que n’importe quel président, car il peut imprimer de l’argent comme bon lui semble. Mitt Romney est fait du même bois que Wall Street. Il est surprenant de voir combien le public a la mémoire courte.»


La réforme prônée par Tom Myers? Elle passe par une charte des droits des investisseurs (Institutional Investors Bill of Rights), à laquelle souscriraient les gros fonds de pension privés et publics de ce monde. «Seuls les investisseurs institutionnels, qui représentent collectivement 40 000 milliards de dollars, soit plus que le PIB des Etats-Unis et de l’Angleterre réunis, ont suffisamment de poids pour mettre sous pression les acteurs de la finance afin qu’ils changent leurs pratiques.» Les fonds de pension ont l’obligation de protéger les intérêts de leurs bénéficiaires. S’ils s’unissent, ils seraient en position de dicter des comportements plus appropriés aux acteurs des marchés. Tom Myers observe que le trading algorithmique à haute fréquence a pris une place centrale sur les marchés, «qui ne représentent plus vraiment les investisseurs». Wall Street ne fournit plus de capitaux pour les entreprises, mais elle est devenue une plate-forme de traders à haute fréquence. Or ces derniers n’ajoutent aucune valeur au système, tandis qu’ils ajoutent un gros risque systémique.


La charte pourrait insister sur des réglementations qui protègent les investisseurs et qui forcent Wall Street à créer du capital pour aider les entreprises à se lancer et à croître. En rejetant le «capitalisme de casino», les institutionnels inciteront les banques à cette réforme, espère Tom Myers. «Nous sommes peut-être à un point de non-retour; mais il ne faut jamais cesser d’essayer.» Tom Myers collabore avec l’Institut international du développement durable de Genève, l’Université de Harvard, et le Center for International Business Ethics de Pékin, en vue de créer cette coalition d’investisseurs de poids.


Crédits photos: Karen Bleier/AFP, Georges Gobet/AFP, Jewel Samad/afp, Paul J. Richards/ AFP,

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Published by openyoureyes - dans ACTUALITES
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Citation

« Il fut débattu puis décidé que la peur devrait être propagée et entretenue au niveau mondial afin que l’attention reste cristallisée sur le négatif tout en empêchant l’expression positive de l’authenticité.

 

Tandis que les gens deviendraient de plus en plus craintifs et manipulables, leur capacité à penser librement et à exprimer leur authenticité décroîtrait.

 

Le contrôle de l’esprit interdisant clairement toute expression de l’authenticité, l’évolution de l’esprit humain diminuerait ainsi en même temps que la liberté de penser, lors que celle-ci fait l’objet d’un continuel bombardement alliant terreur et négativité. »

 

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