Le savoir est une arme.
De nombreux lecteurs peuvent trouver difficile d'apprécier la signification réelle des chiffres, nous pouvons pourtant saisir ce que 85 fois plus de césium-137 qu'à Tchernobyl signifierait. Cela détruirait l'environnement mondial et notre civilisation. Ce n'est pas sorcier et ne se rapporte pas à un débat sur les centrales nucléaires. C'est une question de survie de l'humanité.Un complément d'informations sur la situation des piscines du site de Fukushima Daiichi est connu depuis peu de temps. J'ai compris que sur les 1532 assemblages du réacteur 4, 304 sont récents et non irradiés. Ceci laisse alors 1231 barres de combustible dans la piscine n°4, qui contient en gros 37 millions de curies de radioactivité de longue vie (1 curie=3,7×1010 Bq). La piscine n°4 est à environ 30 mètres au-dessus du sol et est structurellement endommagée et exposée aux éléments extérieurs. Si un séisme ou autre événement devait vider cette piscine, il pourrait en résulter un incendie radiologique catastrophique impliquant presque 10 fois la quantité de césium-137 relâchée par l'accident de Tchernobyl.
L'infrastructure pour contenir sans danger ce matériel a été détruit comme ce fut le cas des trois autres réacteurs. Le combustible usagé ne peut être soulevé en l'air par une grue comme si c'était une quelconque marchandise. Pour empêcher une exposition sévère aux radiations, à des incendies et de possibles explosions, il doit être transféré en permanence dans de l'eau et protégé dans des structures renforcées. Comme cela n'a jamais été fait auparavant, l'enlèvement du combustible usagé des piscines des réacteurs de Fukushima nécessitera un effort majeur de reconstruction dans le temps et une navigation dans des eaux inconnues. Malgré l'énorme destruction du site Daiichi, des conteneurs à sec conservant une quantité moindre de combustible semblent être indemnes.
D'après les données du département américain de l'énergie, on suppose que 11.138 assemblages de combustible sont stockés sur le site Daiichi, presque tous dans des piscines. Ils contiennent en gros 336 millions de curies de radioactivité de longue vie. Environ 134 millions de curies consistent en césium-137 - à peu près 85 fois la quantité de césium-137 libérée lors de l'accident de Tchernobyl comme estimé par le conseil national US de protection radiologique (NCRP). L'inventaire des barres de combustible totales du site de Fukushima contient presque la moitié de la quantité totale de césium-137 estimée par le NCRP avoir été libéré par tous les tests nucléaires atmosphériques militaires, Tchernobyl et le retraitement des centrales mondiales (environ 270 millions de curies).
Il est important que le public comprenne que des réacteurs qui ont été en service pendant des décennies, comme ceux de Daiichi ont généré les plus grandes concentrations de radioactivité de la planète.
Tokyo, 25 mars 2012
Cher secrétaire-général,
Honorable Ban Ki-moon,
Je souhaite exprimer ma sincère gratitude pour votre lettre bienveillante en date du 2 mars 2012. Votre soutien moral pour le Sommet éthique des Nations-Unies restera une source constante d'encouragement pour mes activités.
Permettez-moi s'il vous plaît de rendre hommage à votre grande contribution au renforcement de la sécurité nucléaire. L'actuel Sommet de Séoul est sans doute le grand bénéficiaire de la réunion de haut niveau convoquée en septembre dernier.
On m'a demandé de faire une déclaration à l'audience publique du comité du budget de la Chambre du Conseil le 23 mars. J'ai soulevé le problème crucial du réacteur n°4 de Fukushima contenant 1535 barres de combustible. Elle pourrait être fatalement endommagée par les répliques continuelles. Il existe de plus à 50 mètres de là une piscine commune aux 6 réacteurs contenant 6375 barres de combustible !
Il n'est pas exagéré de dire que le destin du Japon et du monde dépend du réacteur n°4. C'est confirmé par des experts des plus crédibles comme le Dr Arnie Gundersen ou le Dr Fumiaki Koide.
Permettez-moi s'il vous plaît de vous informer d'une initiative prise par un ancien responsable des Nations-Unies qui a essayé de soulever le problème crucial du réacteur n°4 de Fukushima au Sommet sur la sécurité nucléaire. Il poursuit l'établissement d'une équipe d'estimation indépendante. Je pense que ses efforts sont très valables, parce qu'il est indispensable d'attirer l'attention des dirigeants du monde sur cette question vitale.
Je coopère avec lui, en écrivant à certaines de mes relations coréennes que ce problème mérite l'attention personnelle du président Lee Myung-bak. J'ai écrit aujourd'hui au premier ministre Noda. Je lui ai demandé de prendre en compte l'initiative de mobiliser la sagesse des humains vers la sortie du problème du réacteur n°4, en prenant pleinement en compte ''l'équipe d'estimation indépendante'' sus-mentionnée.
Le monde est devenu si fragile et vulnérable. Le rôle des Nations-Unies est de plus en plus vital. Je vous souhaite la meilleure chance dans votre noble mission. Acceptez, Secrétaire général Ban Ki-moon, l'assurance de ma plus haute considération.
Mitsuhei Murata
Ancien ambassadeur japonais pour la Suisse et le Sénégal
SOURCE : http://fr.sott.net/articles/show/7603-85-fois-plus-de-cesium-137-que-pour-l-accident-de-Tchernobyl